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Il faut demander plus à l'impôt

et moins aux contribuables

 

Alphonse Allais

 

Outil fiscal

Les contributions incitatives sont des micro-taxes payées sur les activités polluantes. L'argent récolté permet aux plus démunies d'investir dans les transitions écologiques et énergétiques. 

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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 16:33

 

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En ces temps pré-électorales, le débat actuel autour du concept de démondialisation mérite attention. Lancé par la parution du livre de Jacques Sapir et relayé par de nombreux intellectuels, l'idée fait son chemin mais se heurte à d'énormes difficultés.

 

Essayons de classer les positions de chacun, permettant ainsi à chaque lecteur de choisir son camp:

-les "droits dans leurs bottes": ils refusent la discussion et n'en démordent pas. La mondialisation est une bonne chose, un point, c'est tout. Si la France est perdante, c'est uniquement parce que nous ne sommes pas assez bons: il suffit d'accroître la productivité, diminuer les charges, libéraliser le système et cela ira mieux. Vieux de vingt ans, ce discours n'a pas pris une ride et ses partisans sont convaincus de détenir la vérité même si la crise actuelle les rend moins crédibles.

-les partisans de la marque France:  ils admettent que la France est perdante en ce moment par manque de compétitivité mais ils insistent sur la bonne santé des entreprises du CAC40. Elles investissent et se développent dans le monde entier et on peut être fier de voir des voitures Peugeot à Pékin et des sacs Chanel à Djakarta. Ils oublient qu'un pays ne peut être confondu avec ses entreprises, particulièrement quand ces entreprises dépendent de plus en plus de capitaux étrangers. A part quelques bénéfices fiscaux rapatriés, la richesse de ces entreprises ne vient plus en France. Et celles-ci, en plus, délocalisent. Cette vision est malheureusement celles d'une majorité de notre personnel politique qui, dans leur quotidien, rencontrent davantage d'experts internationaux et de patrons du CAC 40 que de "vrais" français. Ils défendent donc ce qu'ils connaissent et en oublient la Nation qu'ils sont censés promouvoir.

-les optimistes fatalistes : l'avantage comparatif de compétitivité des Chinois va rapidement disparaître. Certains affirment même que, dans dix ans, les salaires chinois auront rattrapé les salaires européens. Nous n'avons donc qu'à partienter jusque là. C'est un discours attentiste, finalement assez proche de celui de la première catégorie.

Tous ces partisans de la mondialisation espèrent la conserver grâce à de "nouvelles politiques de régulation" et une "nouvelle politique industrielle" (E.Cohen et N. Baverez) dont on peine à percevoir l'originalité et la pertinence.

-les partisans du protectionnisme : volontaristes, ils optent pour la renaissance des barrières douanières. Certains d'entre eux sont favorables à une préférence nationale, d'autres privilégient le niveau européen (E.Todd). Ils proposent aussi "l'interdiction de certaines importations" (J Sapir) ou la "protection" de certains secteurs (industrie verte). On voit mal concrètement comment cela pourraient se mettre en place.

Ces propositions se heurtent à la dure réalité du commerce international et de l'absence d'une gouvernance mondiale. Si les barrières douanières sont installées, on peut s'attendre à des mesures de rétorsion aux effets dévastateurs de la part des instances internationales comme des nouveaux géants économiques. L'instauration d'un consensus européen paraît bien irréaliste sur cette question : E.Todd espère ainsi que la menace de sortie de l'Euro de la France pourrait suffire  à faire plier l'Allemagne. On aimerait avoir son optimisme !

Ce groupe d'opinion est composé à la fois des partisans du Front National et d'intellectuels de gauche, dans un mélange de la carpe et du lapin qui laisse songeur.

-l'espérance des relocalisations: certains espèrent que l'augmentation du coût du transport, les déceptions de certaines entreprises qui ont délocalisées et qui reviennent en France vont suffire à amorcer une tendance à "reterritorialiser" l'économie. Mais, peut-on attendre l'émergence d'un mouvement spontané au risque de perdre le reste de notre tissu industriel?

 

Maintenant que le lecteur a cherché à choisir son camp, nous espérons qu'il conviendra qu'aucune de ces opinions (et solutions) n'est satisfaisante en soi. 

Devant la complexité du problème, nous voudrions  partager avec lui quelques certitudes :

 

1-Opposer mondialisation et son contraire comme deux entités négatives ou positives n'a pas de sens. La mondialisation a des avantages et des inconvénients. Toute opinion manichéenne dans ce débat est suspect: le sujet est suffisamment complexe pour mériter la nuance et le regard critique.

2-Même si la mondialisation a permis le développement de nombreux pays émergents, elle est actuellement source d'appauvrissement pour nos économies. Prenons un exemple : notre déficit commercial avec la Chine atteint 26 milliard par an (c'est la moitié de notre déficit). Comment illustrer ce chiffre? C'est comme si chaque français faisait en moyenne un chèque de 400 euros à la Chine. Un couple avec deux enfants donne donc l'équivalent de 3200 euros par an et s'appauvrit d'autant! 

3-Les outils anciens de régulation sont inopérants : taxer les produits étrangers, interdire certains importations. Il suffit de comparer les différentes époques pour comprendre que cela n'est pas possible: à l'ère d'internet et du portable, on  ne peut reproduire les méthodes économiques qui furent efficaces au temps de De Gaulle ou d'Hitler.

4-Il y a donc nécessité d'inventer et d'innover d'autres méthodes de régulation qui à la fois favorisent les relocalisations tout en permettant de continuer les échanges économiques et d'éviter la tentation du repli sur soi.

Pour ma part, je défend l'idée suivante :

Aucune barrière douanière, aucune interdiction, inefficaces et dangereuses. Mais par contre, une taxation faible et progressive qui s'intéresse non pas à la préférence nationale mais à d'autres problèmes : l'émission de carbone du transport, l'utilisation de matériaux locaux, renouvelables et décarbonés.

On favorisera ainsi les industries régionales qui vont bénéficier d'avantages comparatifs : les matériaux locaux, n'étant pas conçu à base d'hydrocarbures importés vont revenir beaucoup moins chers que leur équivalent plastique conçu en Chine.  

Le produit de cette taxation servira intégralement à financer les investissements nécessaires à développer ces nouvelles industries "vertes", durables et locales.

Ainsi, les entrepreneurs auront  une idée claire des évolutions prévisibles. Le personnel politique retrouvera des leviers d'action qu'il a abandonné et regagnera une crédibilité perdue. Le consommateur sera inciter financièrement à changer ses habitudes. Le pays retrouvera des marges financières qui permettront l'investissement. Un cercle vertueux pourra alors être relancé.

Cette méthode refuse l'affrontement frontal des protectionnistes et  utilise les forces montantes de l'industrie verte pour relancer l'économie.

 

Si certains estiment que ces propositions, à leur tour, sont irréalistes, je serais heureux de connaître leur argument et de débattre avec eux.

Communauté : Ecologie et Environnement
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