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Il faut demander plus à l'impôt

et moins aux contribuables

 

Alphonse Allais

 

Outil fiscal

Les contributions incitatives sont des micro-taxes payées sur les activités polluantes. L'argent récolté permet aux plus démunies d'investir dans les transitions écologiques et énergétiques. 

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Un résumé de la pensée de l'auteur sur la crise écologique 
12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 08:19

 

manifesteNegawatt.jpg

 

Si il y a un seul ouvrage, à lire bien au chaud cet hiver, c'est celui-là : le manifeste négawatt, réussir la transition énergétique, publié chez Actes Sud. Ce livre reprend le scénario du célèbre Think tank artisanal, mais l'enrichit considérablement. Tenant compte des critiques qui leur ont été faites, les auteurs se préoccupent maintenant de chercher des solutions opérationnelles et concrètes, qui faciliteront le déroulement du scénario qu'ils ont imaginé.  Malgré ces progrès, c'est dans ce domaine que le livre montre encore quelques faiblesses. Faisons l'inventaire des enjeux politiques qui peuvent contrarier la démarche Négawatt.

 

1-En attendant le démarrage du scénario Négawatt:

Les auteurs l'affirment : pour que le scénario fonctionne, il faut prendre rapidement des décisions courageuses et indépendantes des lobby et des conservatismes. Il faut ensuite continuer pendant quarante ans ces efforts de manière à se trouver, en 2050, dans une fin de scénario réussie, un "happy end" où la France disposera d'une indépendance énergétique totale.

Occupons-nous seulement aujourd'hui du démarrage du scénario. Pour que celui-ci commence, il faudrait que ces premières décisions audacieuses soient prises après l'élection présidentielle.

Convenons, sans aucun pessimisme, que les deux outsiders actuels ne semblent pas avoir clairement les convictions et la volonté de le mettre en place.

Croire au scénario nécessite donc une bonne et indispensable dose d'optimisme. On peut parfois aussi espérer que l'aggravation des crises économiques et écologiques poussent  nos dirigeants à chercher d'autres alternatives à nos problèmes.

Mais en attendant, on ne peut que patienter et agir en tentant d'abord à convaincre l'opinion. En cherchant aussi à peaufiner le scénario. Reprenons, pour cela, les trois éléments du triptyque  Négawatt.

 

2-Le difficile enjeu de la sobriété:

C'est une idée forte du scénario: le faible prix de l'énergie a mis les Français en situation d'"ébriété énergétique", nous ne savons pas l'économiser. Le premier axe, sur lequel nous devons travailler, est donc celui des changements de comportements.

La difficulté de cet objectif n'est pas financier : on se doute bien que ce n'est pas des massives campagnes de sensibilisation qui vont résoudre le problème. Cette difficulté est ... anthropologique !

Il faut changer rapidement les mentalités et les comportements. Rien n'est plus difficile: les historiens et les sociologues le savent bien. Une fois les habitudes et les convictions ancrés chez un individu, il devient très difficile de les faire évoluer. 

C'est d'autant plus vrai pour l'énergie que celle-ci affecte  l'habitat, un domaine qui touche à la fois à l'intime de chacun mais aussi à ... son portefeuille! Changer ses habitudes, cela veut dire changer de mode de vie, d'organisation de son existence, il s'agit donc bien d'une rupture difficile à négocier.

On peut espérer que l'éducation au développement durable puisse permettre de diffuser la conviction du changement. La circulaire, écrite par Jean-Paul De Gaudemar, qui organise son enseignement date seulement de 2004. Les premiers élèves qui en ont bénéficié sortent à peine du système éducatif. Et le premier président de la République, qui aura profité de cette démarche éducative, arrivera au pouvoir vers ... 2050 ! 

Malgré les apparences, la sobriété est bien l'enjeu le plus difficile à réussir. On ne  pourra y arriver que par une démarche pédagogique originale, qu'il reste à préciser, et dont nous reparlerons.

 

3-La contrainte financière, frein à l'efficacité énergétique:

Isoler correctement les logements actuels coûterait environ 500 milliards. C'est peu si on étale cette gigantesque somme sur quarante ans, c'est beaucoup pour un pays dont l'Etat a déjà une dette de 1700 milliards.

Au niveau des ménages, le constat est le même : changer radicalement la classe énergétique d'une maison des années 70 coûte entre 30 000 et 80 000 euros selon la maison et le degré d'exigences énergétiques que l'on se donne (si on fait les travaux soi-même, cela revient bien entendu beaucoup moins cher). 

C'est une somme raisonnable si on la rembourse sur plusieurs décennies. Mais le niveau très élevé des prix de l'immobilier a rendu les accédants à la propriété très endettés. Ils ne pourront pas forcément dépenser davantage.  

L'augmentation  des coûts de l'énergie peut  emporter la conviction des indécis mais, en étranglant financièrement les ménages fragiles, il risque fort de leur interdire l'espoir d'isoler correctement leur habitation. Les enjeux sociaux, ceux du mal-logement principalement, sont déterminants sur de cette question.

Il faut donc imaginer des démarches, qui encadrent et facilitent à la fois, la transition vers l'efficacité énergétique. Cela passera par un mélange de coercition et d'incitation, par une utilisation raisonnée d'une fiscalité renouvelée. On voit bien ici l'importance des dispositifs fiscaux que l'on mettra en oeuvre pour cela.

 

4-Les freins industriels à l'émergence des renouvelables:

Finalement, le plus simple à mettre en oeuvre des trois axes de travail du scénario Négawatt est celui de l'instauration des renouvelables. Les technologies sont au rendez-vous. Le prix du kwh est en train de baisser au point de concurrencer le nucléaire.

Rien ne s'oppose plus à leur domination, à moyen terme, ... en Europe ! Pour la France, le lobby nucléaire est très puissant. Le poids cumulé d'EDF, d'Areva et du corps des Mines pèse lourd dans l'opinion. Le lobby est puissant, la culture colbertiste française n'arrange rien : on se méfie des initiatives individuelles et on trouve rassurant un système centralisé comme celui de l'industrie nucléaire.

Si on veut avancer, il faudra bien faire avec  cette puissance. On peut s'opposer frontalement à ce lobby, au risque de jeter le pot de terre contre le pot de fer. On peut préférer trouver des solutions qui permettent d'utiliser la formidable "force de frappe" de cette industrie pour avancer. Préférer l'Aikïdo à la boxe, faire profit de la force de l'adversaire pour avancer plutôt que de s'opposer frontalement à lui.

Il nous faut trouver des stratégies qui ne mettent pas hors-jeu le lobby nucléaire pour ne pas s'épuiser dans un combat national où le scénario Négawatt pourrait se perdre. Paradoxalement, le scénario doit redonner une place à ses détracteurs, si il veut l'emporter !

 

En conclusion, la réflexion de l'équipe Négawatt doit maintenant porter sur les freins et les obstacles qui se trouvent devant leur scénario. On détaillera, dans de prochains articles, une stratégie qui pourrait permettre de les dépasser. 



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commentaires

Daniel JAGLINE 13/02/2012 23:20

Certes ceux qui font du nucléaire maintenant sont peu propice évidemment à arrêter, mais cela ne les empêchent pas de lorgner vers les ENR à l'exemple d'EDF, en parallèle ce sont des souvent des
très grosses entreprises qui mangent à tous les râteliers, et qui trustent aussi les grands chantiers de l'éolien et autre, sans pour autant baiser leurs investissement et leurs part dans les
énergies fossiles, au contraire, pas si simple n'est-ce pas !

RCoutouly 14/02/2012 06:30



Tout à fait d'accord, c'est pourquoi il faut une démarche globale qui les empêchent de "bouffer " à tous les râteliers. Et la fiscalité environnementale à un rôle crucial à jouer dans ce sens.
Article à suivre sur cette question, 


bonne journée



Daniel JAGLINE 13/02/2012 17:45

Bonjour, je suis en grande partie en accord avec cette vision, sauf en ce qui est traité au point 4.
Je ne vois pas comment on peut à moyen et long terme "faire avec le nucléaire", je peux concevoir que l'ont aille jusqu'à la fin de vie des centrales actuelles, à la condition importantissime,
qu'on ne tente pas de les prolonger encore d'avantage, que les 40 ans déjà progamées, qui sont déjà dérogatoire au cahier des gharges d'origine qui ont étudiés ces centrales pour une fin de vie à
20 ans, si je ne fais pas erreur.
Si on accepte de considérer qu'il faut faire avec le nucléaire cela entraîne quasi obligatoirement l'acceptation de nouvelles centrales, c'est déjà le cas avec l'EPR.
Cette acceptation ne reçoit pas mon assentiment.
La part tellement importante du nucléaire en France est un piège maléfique, qui rend la situation réellement problématique.
C'est la sobriété énergétique, qu'il va falloir faire entrer dans les consciences, car quel que soit les moyens de production d'énergies qui vont être développés, moins il faudra en construire et
mieux ce sera.

RCoutouly 13/02/2012 18:05



Bonjour Daniel,


je me suis fais mal comprendre pour le point 4 : il ne s'agit pas de conserver le nucléaire mais au contraire de s'en débarasser. Ma réflexion était tactique uniquement : si on n'associe pas les
entreprises du nucléaire au développement du renouvelable alors elles s'opposeront de toutes leurs forces aux ENR (ce qui est le cas actuellement). Il faut donc les associer mais sans se faire
bouffer par elles.


L'aikido utilise la force de l'adversaire pour s'en débarrasser : associons-les au développement des ENR sans leur laisser le pouvoir. Et avançons vers nos objectifs.